PATRIARCAT – Le patriarcat au travail
- baumgartneremily
- 9 mars
- 4 min de lecture
« Camille est une jeune ingénieure qui n’a pas eu la tâche facile. Elle a dû persévérer face à des cours d’une difficulté importante et à des camarades d’une dureté parfois déstabilisante. Dans son domaine d’étude, la majorité des étudiant·es sont des hommes. Elle va devoir affronter différentes épreuves au cours de ses études et dans sa vie professionnelle. »
Le patriarcat se retrouve dans l’ensemble des aspects de la vie, et notamment dans celui du travail. La hiérarchie interne des entreprises favorise souvent la compétition entre les candidat·es ainsi qu’entre les employé·es. Ce fonctionnement est imprégné de valeurs conservatrices et de dynamiques sexistes. Les boys clubs y sont fréquents : les hommes s’entraident, se cooptent et se soutiennent, souvent au détriment des femmes et des personnes FINTA.

Le sexisme durant les études
Durant ses études d’ingénieure, Camille découvre que même dans des milieux considérés comme avancés ou rationnels, le sexisme persiste. Elle pensait que les étudiant·es en ingénierie seraient moins enclins au sexisme ordinaire. Elle est surprise de constater le contraire.
Malgré leurs capacités intellectuelles, utiles pour résoudre des problèmes complexes ou suivre des cours de mathématiques et de physique à un niveau universitaire, certains de ses camarades perpétuent des clichés sexistes profondément ancrés. Les remarques et les visions de la société restent marquées par le sexisme ordinaire.
Camille est peu soutenue par ses pairs. Elle doit faire preuve d’une rigueur constante et se montrer deux fois plus compétente pour être acceptée. Les remarques sur son style vestimentaire, sur ses compétences ou sur ses centres d’intérêt sont fréquentes. Les propos déplacés et certains gestes obscènes ne sont que rarement réprimandés par les enseignants.
La pire expérience que vivra Camille durant ses études survient le jour où l’un de ses camarades apporte en cours un coussin taille humaine représentant un personnage féminin d’animé. Cet objet devient rapidement l’occasion de plaisanteries lourdes et de remarques déplacées sur la place des femmes. Les camarades de Camille sexualisent ce personnage à outrance, réduisant une fois de plus la figure féminine à un simple objet de désir.
Entrée dans le monde professionnel
Camille entre dans le monde professionnel peu après la fin de ses études supérieures. Elle entame alors des recherches d’emploi. Dans un premier temps, ses démarches restent infructueuses. Elle ne se décourage cependant pas et poursuit ses efforts.
Après plusieurs candidatures et entretiens, elle finit par décrocher un premier poste d’ingénieure.
Elle commence ce travail avec enthousiasme. Toutefois, elle découvre rapidement que les milieux professionnels, et particulièrement ceux dominés par les hommes, peuvent être difficiles pour les jeunes femmes. Elle doit constamment en faire davantage pour être prise au sérieux.
Après quelque temps dans l’entreprise, Camille sent que ses collègues commencent à l’accepter comme membre de l’équipe et que ses compétences sont moins souvent remises en question. Elle subit néanmoins encore des remarques sexistes et ressent régulièrement des regards insistants de la part de certains collègues.
L’imaginaire collectif reste profondément misogyne. Le simple fait qu’une femme puisse être en position de responsabilité rend parfois la prise de décision plus compliquée. Les employés questionnent fréquemment les choix de Camille, bien qu’elle bénéficie désormais du soutien de sa hiérarchie et de certains collègues ingénieurs.
Cependant, dès qu’un problème survient ou qu’une erreur est signalée, ce soutien disparaît rapidement. Camille se retrouve alors isolée et exposée.
Avec le temps, elle parvient malgré tout à s’intégrer davantage dans l’entreprise. Elle prend plus facilement la parole et échange plus régulièrement avec ses collègues. Un jour, au détour d’une conversation, elle entend certains d’entre eux discuter de leurs salaires. Elle décide de se joindre à la discussion.
Au fil des échanges, elle comprend qu’elle est moins bien payée que ses collègues masculins occupant des postes similaires.
Forte de cette découverte, Camille demande des explications à sa hiérarchie. On lui répond que cet écart serait dû à un manque d’expérience professionnelle. Cette justification semble partiellement crédible, mais en examinant plus attentivement la situation, Camille réalise que cet argument ne tient pas entièrement.
Elle mérite un salaire plus élevé que celui qu’elle perçoit actuellement. Il existe donc bel et bien un problème d’inégalité salariale dans son entreprise.
Lorsque Camille fait part de cette découverte, ses supérieurs la réprimandent et tentent de la faire taire. Ils refusent de reconnaître la dimension sexiste de cette situation. Peu à peu, la pression devient telle que Camille se retrouve poussée vers la sortie. Épuisée par cette lutte pour l’égalité salariale, elle finit par démissionner quelques mois plus tard.
Un système structurel
Les inégalités salariales ne sont malheureusement pas les seules discriminations auxquelles les femmes font face dans leur vie professionnelle. Le plafond de verre reste encore très présent dans la majorité des milieux de travail. L’accès aux postes à responsabilité est souvent entravé par des mécanismes informels de pouvoir et de cooptation.
Par ailleurs, les femmes sont socialement orientées vers certains secteurs professionnels, notamment les métiers du care : soins, éducation, travail social ou accompagnement. Ces professions, pourtant essentielles au fonctionnement de la société, sont largement sous-évaluées et moins bien rémunérées.
Est-ce une simple coïncidence ou bien le résultat d’un système patriarcal qui dévalorise ces métiers précisément parce qu’ils sont majoritairement exercés par des femmes ?
Selon moi, il ne s’agit pas d’une coïncidence mais bien d’une causalité. Les métiers fortement féminisés sont précarisés parce qu’ils sont occupés majoritairement par des femmes.



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