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De la social-démocratie à la gauche radicale : un parcours politique

  • baumgartneremily
  • 19 mars
  • 4 min de lecture

On ne naît pas militant·e de gauche, on le devient. La politisation est souvent un chemin progressif, fait de rencontres, d’expériences et de formations. Mon propre parcours politique en est un exemple : en quelques années, je suis passée d’une position centriste et libérale à une critique radicale du capitalisme.


Ce cheminement m’amène aujourd’hui à défendre une idée simple : la gauche ne devrait pas être pensée comme une série d’organisations séparées, mais comme un espace de politisation progressive. Les institutions, les partis politiques et la société civile – associations et collectifs – ancrés à gauche devraient ainsi se concevoir comme les différentes étapes d’un même mouvement de transformation sociale.


Dans cette perspective, les logiques strictement partisanes ou électoralistes peuvent parfois devenir un frein. Face à l’ordre établi, la gauche gagnerait à se penser comme un ensemble plus large, capable d’accompagner les individus dans leur évolution politique.


Passer d’une position centriste au centre gauche, puis à la social-démocratie et parfois jusqu’à la gauche radicale devrait être possible – et même encouragé. Nos formations militantes et politiques devraient permettre ce cheminement.


Un parcours de politisation

J’ai commencé ma vie d’activiste politique en 2021. À cette époque, je n’étais pas encore formée et je commençais tout juste à m’intéresser à la politique. Le déclic qui m’a poussée à m’engager est survenu peu avant, lors de la votation sur le mariage pour tous.


J’étais alors une jeune femme queer et cette votation fut ma première véritable expérience politique. Depuis, j’ai participé à de nombreuses votations et, au fil du temps, j’ai mûri politiquement. Ma manière d’analyser les enjeux a évolué, tout comme ma rhétorique, grâce aux formations que j’ai suivies.


C’est presque étonnant à dire aujourd’hui, mais à l’époque je pensais que nos démocraties occidentales étaient presque parfaites. Je voyais difficilement comment les améliorer davantage. J’étais plutôt favorable au capitalisme, économiquement assez libérale et globalement centriste. J’avais toutefois une certaine sensibilité à gauche pour ses valeurs, que j’aurais alors qualifiées d’humanistes.


Lorsque j’ai décidé de m’engager politiquement, je me suis demandé quel parti rejoindre. Mon principal repère politique était alors la défense des droits des femmes et des personnes LGBTQIA+. Je me suis donc intéressée aux positions des principaux partis sur la question du mariage pour tous.


Me situant plutôt au centre – avec une vision économique plutôt libérale mais des valeurs sociales progressistes – le choix n’était pas évident.


Mon intérêt pour les questions de société m’a toutefois progressivement orientée vers la gauche. Par ailleurs, les prises de position de certains partis sur le mariage pour tous ont fermé certaines portes.


Il me restait alors plusieurs options : le PS, le PLR, le PDC, les Vert·e·s et le PVL. Deux partis plutôt à gauche, deux plutôt à droite et un au centre. J’aurais pu rejoindre l’une ou l’autre de ces formations sans l’intervention d’une connaissance qui m’a finalement orientée vers la gauche : une jeune socialiste avec qui je discutais de temps à autre.


J’ai donc rejoint le Parti socialiste et la Jeunesse socialiste. Cette double adhésion m’a permis de militer tout en me formant politiquement.


Mon engagement a commencé par la récolte de signatures pour l’initiative pour l’avenir. J’ai ainsi commencé à me former sur les questions économiques et écologiques.


En tant que jeune personne queer, j'ai découvert que le système comportait des failles. En tant que jeune femme, j’expérimentais certaines discriminations. Je comprenais donc désormais que le statu quo était défavorable aux personnes FINTA. Dès lors, il n’était plus inconcevable pour moi que d’autres injustices structurelles puissent exister.


En m’intéressant au contenu de l’initiative et aux débats qui l’entouraient, j’ai progressivement élargi mon regard sur les enjeux économiques et sociaux. Mes positions ont évolué. Je me suis éloignée du centre et je suis passée d’une position centriste et libérale à une position social-démocrate.


Petit à petit, j’ai commencé à déconstruire l’hégémonie néolibérale dominante et à développer une critique plus globale du système économique. Cette évolution m’a amenée à prendre davantage de place dans les milieux militants et politiques.


Au fil du temps, j’ai finalement adopté une position clairement anticapitaliste, ancrée dans la gauche radicale.


Une gauche comme espace de politisation

Ce parcours montre qu’il est possible d’évoluer politiquement. Alors que je partais de positions centristes et libérales, j’ai progressivement développé une critique plus radicale du système économique et social.


Les points d’entrée dans l’engagement politique ne sont cependant pas les mêmes pour tout le monde. Chacun·e commence son parcours militant pour des raisons différentes. Dans mon cas, il s’agissait avant tout de la lutte pour les droits des femmes et des personnes queers.

C’est pour cette raison que les partis de centre gauche et de gauche modérée jouent un rôle important. Ils permettent à une partie de la population d’entrer dans la politique et d’entamer un processus de politisation.


La social-démocratie peut ainsi constituer un espace de formation politique et de diffusion d’une critique du système auprès d’un large public.


Si ce travail de formation politique fonctionne, certain·es militant·es iront plus loin et développeront une critique plus profonde des structures économiques et sociales.


Construire une gauche forte

Imaginer des passerelles entre les différentes forces politiques de gauche n’est pas absurde. Les militant·es pourraient évoluer d’une formation à une autre au cours de leur vie politique, à mesure que leur compréhension du système et leurs convictions évoluent.


Face à une gauche forte, les différentes droites ont historiquement tendance à s’unir pour défendre l’ordre établi. Lorsque les forces progressistes progressent, ces alliances peuvent parfois aller jusqu’à intégrer l’extrême droite afin de préserver les structures de pouvoir existantes.


C’est pour cette raison que les réformes, bien qu’importantes, ne suffisent pas à transformer en profondeur les structures sociales et économiques.


Construire une gauche large, consciente et capable de former politiquement ses militant·es reste donc un enjeu central pour celles et ceux qui souhaitent transformer la société.


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