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Pour une Suisse prospère et humaine

  • baumgartneremily
  • 28 mai
  • 5 min de lecture

Le 14 juin prochain, nous voterons sur l’initiative de l’Union Démocratique du Centre (UDC) – « Pas de Suisse à 10 millions » autrement connue comme l’initiative « pour la durabilité » qui cache sous un vernis écologique ses ambitions racistes et xénophobe. Les milieux progressistes s’inquiètent de voir un discours réactionnaire d’extrême-droite gagner en popularité, pour la cohésion et pour les institutions sociales (AVS, AI). De l’autre côté, le patronat alerte sur les conséquences d’un tel projet pour l’économie.


Que propose concrètement l’initiative ?

L’initiative vise à limiter la population résidante permanente de la Suisse à 10 millions d’habitant·es d’ici 2050. Par population résidante permanente, l’UDC entend les ressortissant·es suisses ayant leur résidence principale en Suisse ainsi que les ressortissant·es étrangers titulaires d’un permis de séjour d’au moins douze mois ou présents en Suisse depuis au moins une année.

Le texte prévoit notamment que le Conseil fédéral prenne des mesures restrictives en matière d’asile et de regroupement familial dès que la population dépasserait 9,5 millions d’habitant·es. Selon ses initiant·es, cette limitation permettrait de garantir une évolution démographique « durable », afin de préserver l’environnement, les infrastructures, le système de santé, les établissements de formation, l’approvisionnement énergétique et les services sociaux.


Vrais enjeux – fausse promesse

Présenté sous l’angle de la durabilité, le projet pourrait sembler séduisant. Pourtant, il repose principalement sur une logique de restriction migratoire. L’argument écologique sert ici de justification politique plutôt que de diagnostic scientifique.

La Jeunesse socialiste suisse ne nie pas l’existence de limites matérielles : aucun pays ne peut accueillir l’ensemble de la population mondiale. Toutefois, lorsque la question des limites planétaires — notamment environnementales — est abordée, les positions divergent fortement. Les mouvements de gauche défendent des mesures visant à limiter l’impact écologique de l’économie, tandis que l’UDC s’y est régulièrement opposée.

Les limites deviennent ainsi acceptables lorsqu’elles concernent l’immigration, mais contestées lorsqu’elles impliquent une transformation du modèle économique. Ce décalage révèle une instrumentalisation du discours écologique au service d’un narratif anti-immigration.


10 millions : un choix arbitraire

Le seuil de 10 millions d’habitant·es est souvent présenté comme une évidence. Pourtant, il ne repose sur aucune limite scientifique clairement établie. Les projections de l’Office fédéral de la statistique (OFS) montrent qu’une population d’environ 10 millions pourrait être atteinte vers le milieu du siècle selon certains scénarios démographiques. Ces projections ne constituent toutefois ni une recommandation politique ni un seuil de soutenabilité écologique.

En réalité, il n’existe aujourd’hui aucune limite démographique objectivement définie pour la Suisse. La pression environnementale dépend avant tout du niveau de consommation, de l’aménagement du territoire et du modèle économique, bien davantage qu’un chiffre absolu de population. L’initiative propose donc une réponse simple à des problèmes complexes — sans s’attaquer à leurs causes structurelles.


Une réponse idéologique

La réponse apportée par l’UDC s’inscrit dans une approche classique de restriction migratoire, présentée sous un habillage écologique. En mettant l’accent presque exclusivement sur la croissance démographique, l’initiative évite d’aborder les causes structurelles des migrations contemporaines.

Or, les migrations internationales résultent rarement d’un choix individuel arbitraire. Elles sont largement liées à des facteurs structurels tels que les conflits armés, les crises économiques, les régimes autoritaires ou les conséquences du changement climatique. Si aucun pays ne peut accueillir l’ensemble des personnes en déplacement dans le monde, les sociétés disposent néanmoins de leviers politiques, économiques et diplomatiques pour agir sur ces dynamiques. Limiter l’accès au territoire ne supprime pas les causes des migrations ; cela ne fait que déplacer leurs conséquences.


Répondre véritablement aux crises de notre temps

Les défis invoqués pour justifier une limitation démographique — pression sur les infrastructures, logement, environnement ou cohésion sociale — existent, mais leur origine et les réponses appropriées se trouvent ailleurs : dans le fonctionnement du système économique, fondé sur une croissance continue et la rentabilité, et non dans le seul phénomène migratoire.


1. Stress social et sentiment de saturation

Le sentiment de pression ou de saturation ressenti par la population n’est pas généré par l’immigration, mais par la précarisation économique, la hausse du coût de la vie et l’insécurité sociale. Le débat public focalisé sur l’immigration alimente un climat anxiogène qui affecte autant les personnes migrantes que l’ensemble de la société.

2. Bétonnage et pression sur la nature

L’urbanisation résulte principalement du modèle économique, de la spéculation foncière, de la logique de rendement immobilier et de la localisation des emplois. La pression sur la nature est un enjeu réel, mais réduire ce problème à la démographie ignore les véritables causes structurelles de la densification et de l’étalement urbain.

3. Hausse des loyers et pénurie de logements

La pénurie et la hausse des loyers proviennent du fonctionnement du marché immobilier et de l’insuffisance de logements abordables. Beaucoup de logements restent vacants pour des raisons spéculatives, tandis que les mécanismes de régulation existants sont souvent insuffisants ou mal appliqués. Limiter l’immigration n’y change rien.

4. Transports saturés

Embouteillages et trains bondés reflètent des choix d’aménagement, une concentration des emplois dans certaines régions et un sous-investissement dans les infrastructures. Des politiques publiques ambitieuses, notamment en matière de mobilité publique et de planification territoriale, peuvent réduire ces tensions indépendamment de la démographie.

5. Culture et identité

La Suisse repose historiquement sur une pluralité linguistique et culturelle. La diversité est une richesse qui renforce notre identité démocratique et notre capacité à intégrer différentes cultures, et non une menace.

6. Sécurité et criminalité

Les phénomènes de criminalité sont corrélés à la précarité, à l’exclusion sociale et aux perspectives économiques limitées, et non à l’origine migratoire. La stigmatisation des personnes migrantes est un faux problème, utilisé à des fins politiques.

7. Éducation

Les difficultés scolaires et les défis pédagogiques relèvent des inégalités sociales et des priorités néolibérales du système éducatif, plutôt que de la diversité culturelle ou linguistique des élèves. La pluralité linguistique et culturelle peut constituer une ressource éducative lorsqu’elle est accompagnée de moyens adaptés.

8. Immigration et État social

La majorité des personnes migrantes participent au financement de notre système social via le travail et les cotisations sociales. Les fraudes concernent surtout des acteurs économiques puissants, et non les populations migrantes.

9. Sécurité de l’approvisionnement

L’immigration n’affecte pas la sécurité de l’approvisionnement en énergie, alimentation, eau ou médicaments. Cette sécurité repose sur les infrastructures, la planification stratégique et les stocks de sécurité. Paradoxalement, la main-d’œuvre migrante est essentielle à ces secteurs. Réduire l’immigration affaiblirait donc la résilience du pays. En situation de crise, ce sont les plans d’urgence et les mécanismes de coordination gouvernementale qui garantis sent la continuité des services.


Une réponse qui ne convainc pas

Les milieux progressistes s’opposent avec ferveur à l’initiative et au projet de société porté par l’UDC. La gestion de l’immigration via la voie restrictive ne convainc pas à gauche et dans les mouvements sociaux progressistes qui voient l’utilisation frauduleuse d’un vernis écologiste pour cacher une politique réactionnaire, raciste et xénophobe. De plus, l’enjeux sociale – cohésion et institutions – pousse l’opposition à s’organiser. En effet, dans un contexte où la population suisse est vieillissante et où les question de finances de certaine institutions tels que l’AVS se font entendre (AVS21) l’idée de bloquer l’entrer d’une main d’œuvre va à contre-courant du besoin de la Suisse. La question de la mains d’œuvre se trouve par ailleurs au centre des préoccupations du patronat qui se positionne contre l’initiative de l’UDC pour cette raison.


Propositions alternatives : régularisation et inclusion

Plutôt que de limiter arbitrairement la population, des mesures concrètes peuvent répondre aux tensions sociales et économiques :

·      Régularisation des sans-papiers : permettre à des personnes présentes depuis longtemps et intégrées de bénéficier d’un statut légal, favorisant l’accès au logement, au marché du travail et à la sécurité sociale.

·      Investissement dans le logement abordable et les infrastructures : répondre aux besoins réels de tous les habitants, sans stigmatiser certains groupes.

·      Renforcement de la planification énergétique et de la mobilité : des solutions structurelles qui garantissent la résilience, indépendamment du nombre d’habitant·es.

Ces propositions montrent qu’il est possible de préserver la durabilité écologique et sociale tout en respectant les droits humains, contrairement aux solutions simplistes et xénophobes de l’UDC.

 

 
 
 

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